La transition énergétique: challenge de notre génération: Edouard Raffin at TEDxEMLYON

La transition énergétique: challenge de notre génération: Edouard Raffin at TEDxEMLYON


Traducteur: Marie Haupt
Relecteur: eric vautier Est-ce que vous avez des écologistes
dans votre entourage ? Ils ne courent pas les rues. Mais il y en a de plus en plus. Dans mon entourage
je suis le seul. Je vous rassure, je le vis très bien. Je n’ai pas réussi
à les convaincre sur le tofu, je ne comprends vraiment pas pourquoi. La transition énergétique, si vous avez rencontré un écologiste, ces derniers mois, vous avez forcément entendu
parler de cette expression. Malgré sa popularité et
le tapage médiatique qu’on en a fait, l’expression du changement climatique,
de la transition énergétique est assez méconnue voire trompeuse. Et c’est ce qu’on va essayer
d’éclaircir ce soir. L’expérience humaine nous enseigne
que tout travail requiert de la force. Or pour démultiplier cette force,
l’Homme a eu recours à des énergies. Et l’approvisionnement en énergie est donc
devenu une préoccupation majeure. L’Homme a d’abord eu recours
à sa propre force, puis à celle des esclaves,
des animaux, de la nature, et après, il a eu recours
aux énergies fossiles, qui ont fourni une quantité de travail
croissante avec l’emploi de machines. C’était la révolution industrielle. D’ailleurs à ce propos, savez-vous
que nous avons changé d’âge géologique ? Nous sommes entrés dans
ce qu’on appelle « l’anthropocène », un concept partagé par une petite partie
de la communauté scientifique maintenant. L’anthropocène présuppose
que toutes les activités humaines : l’industrie, l’agriculture,
la déforestation, la pollution, la recherche d’énergie, toutes ces activités humaines
mises ensemble constituent en fait une véritable
force géophysique prédominante capable de bouleverser
les équilibres naturels. Et je crois qu’il faut réellement
prendre conscience de cet impact écologique,
de cette empreinte écologique. En seulement quelques générations, ces
activités humaines nous ont permis certes d’accéder à un super niveau de vie, mais elles nous ont mis dans le rouge. Alors imaginez juste une seconde : si tous, nous avions le niveau de vie
d’un Américain moyen. Il nous faudrait 5 planètes
pour survivre avec toutes les ressources. C’est impossible. Sauf, bien sûr, partir à la conquête
d’autres planètes dans l’univers. Je sais que le thème
est « nouvelles perspectives », mais on va laisser tout ce qui est Guerre des Etoiles de côté. On va se concentrer
sur notre Terre, celle qui nous nourrit et nous héberge. C’est la Mère Nature. En 2050, la population du monde
va atteindre 9 milliards d’individus. Les besoins énergétiques vont exploser. Du coup, comment on va faire pour offrir un niveau de développement
sûr à chaque population ? Il y en a qui répondent directement
à cette question par : « On a qu’à réduire
la démographie mondiale ! » Moi je suis pas contre encourager
des politiques de natalité, mais pour moi,
à ce niveau-là, la démographie,
c’est pas le problème, ni la solution. Le problème fondamental, c’est
le modèle de développement qu’on choisit. Or le modèle de développement
repose sur un système énergétique. Et on tire notre énergie de la nature,
donc, de notre choix énergétique, on choisit de conserver ou
de saccager la planète. Je prends un exemple très simple,
pour illustrer l’impact des activités humaines
sur les écosystèmes : le changement climatique. Vous savez, ce que c’est
le changement climatique, avec l’effet de serre. Très bien. Le changement climatique, selon les
endroits du globe, a différents effets. La fonte des glaciers,
l’élévation du niveau des mers, des sécheresses ici,
des inondations là-bas, et puis il y a l’augmentation
de la fréquence de ce qu’on appelle les phénomènes climatiques extrêmes. Je prends un exemple
tout à fait au hasard : les typhons. Les Philippines connaissent
bien les typhons, ils viennent d’en subir deux
en l’espace d’un an. Ce qui a poussé d’ailleurs
le délégué philippin aux Nations Unies en charge du climat, lundi de cette semaine,
à dire cette phrase : « Le changement climatique
implique un futur où les supers typhons ne
seront plus un événement qui se produit une fois par siècle. » C’est ça, le changement climatique. C’est d’abord une réalité,
et ensuite des risques, des risques économiques,
qui se comptent en milliards, et ensuite des coûts humains. Le changement climatique va
nous faire prendre conscience que l’heure n’est plus
à la réflexion mais à l’action. Et là on retombe sur nos pattes : pour agir, on implique directement
le système énergétique. Parce que pour réduire
les émissions de gaz à effet de serre, il faut qu’on bannisse rapidement
l’utilisation des énergies fossiles qui sont responsables
de l’émission de ces gaz. Pourquoi je dis rapidement ? Rapidement parce que le système climatique
est à un tel point de bascule aujourd’hui, qu’il nous reste
moins de 10 ans pour agir. C’est la communauté
scientifique qui le dit. Moins de 10 ans pour agir,
pour changer la trajectoire. Je sais, ça sonne
un petit peu catastrophiste, mais je vous rassure
tout de suite : moi je pratique
le catastrophisme éclairé. Et le catastrophisme éclairé,
vous pouvez perdre votre naïveté, mais ça ne vous empêche pas
de rester optimiste, et c’est d’ailleurs bien
l’objet de mon discours. Donc pour résumer le constat : considérant que les besoins
énergétiques vont exploser, vous avez les pays émergents,
avec leurs millions de personnes des classes moyennes
qui sortent de la pauvreté, qui arrivent au grand galop
pour doper leurs conditions de vie. Vous avez nous,
les pays riches et développés qui allons essayer
de garder notre niveau de vie, et puis derrière, vous avez
deux milliards de personnes, qui aspirent légitimement à accéder
à un service énergétique moderne. Donc les besoins vont exploser. Considérant en outre,
notre boulimie pour les énergies fossiles, et considérant enfin
que ces énergies fossiles bouleversent les équilibres naturels, il faut changer de modèle énergétique,
c’est une nécessité absolue. Voilà pourquoi on parle
de transition énergétique. Alors la transition énergétique,
en fait elle n’a pas commencé. Il n’y a aucune énergie qui s’est
substituée à une autre pour l’instant. On a développé
des énergies nouvelles, renouvelables, mais elles se sont superposées
aux anciennes polluantes. On est d’accord. Alors justement,
faisons un petit tour par le mix énergétique,
notre mix énergétique du futur. Et commençons par les énergies fossiles. Le pétrole, tout d’abord. Le pétrole, c’est facile :
les gisements s’épuisent, c’est le fameux pic pétrolier :
dans moins de 50 ans, il ne devrait plus rester
de pétrole sur Terre. Le charbon. Le charbon connaît actuellement
un fort développement. C’est un vieux roi qui va redevenir
dès 2017 certainement l’énergie la plus utilisée sur Terre
devant le pétrole. Or le charbon, c’est une roche
sédimentaire, composée de carbone, et son extraction, son utilisation
relâchent des tonnes et des tonnes de CO2. Donc dans la lutte pour le
changement climatique, le charbon : exit. Le gaz : le gaz naturel tout d’abord. Il émet lui aussi du CO2 et du méthane. Mais vraisemblablement,
dans le mix énergétique de demain, le gaz va conserver un rôle important. Par contre à l’inverse,
les gaz non-conventionnels, ça c’est l’actualité,
c’est les gaz de schiste. Sur les gaz de schiste,
il n’y a pas de débat : c’est aussi émissif que le charbon,
et ça pollue les nappes phréatiques. Donc les gaz de schiste, pas question. Après vient l’épineux sujet du nucléaire. Le nucléaire, il y a la fission nucléaire,
et la fusion nucléaire. On est d’accord que le nucléaire
n’émet pas de carbone. Mais il a d’autres inconvénients…
beaucoup trop d’inconvénients. Tout d’abord, c’est l’inflation
des coûts de sécurité qui vont faire grimper
le prix du kilowatt-heure. Ensuite vous avez
tout un tas d’accidents, de risques d’accidents,
comme Fukushima, et enfin, vous avez les tonnes
de déchets radioactifs qu’on laisse, et c’est dire
aux générations futures « Débrouillez-vous avec ça ! » Donc avec ces trois arguments,
on doit sortir du nucléaire. Après, il reste donc le projet
de fusion nucléaire. Mais le programme ITER connaît
des difficultés colossales techniquement, et ce qui est dénoncé surtout,
c’est son coût pharaonique : 20 milliards. Moi je veux bien qu’on donne 20 milliards
à un budget public pour au contraire développer la recherche
des énergies renouvelables. Donc la fusion nucléaire
pour l’instant est hors de portée. Alors les énergies renouvelables,
vont-elles ou pas, nous permettre de vivre durablement ? Tout d’abord, on a
les panneaux solaires thermiques et les cellules photovoltaïques. Dans le futur en 2030,
ce sera banal, y’en aura partout. Après il y a peut-être une limite
qui sera atteinte, puisque que les cellules photovoltaïques sont fabriquées à base de silicium,
et le silicium provient des terres rares en Chine
qui devraient manquer dans le futur. Après on a les éoliennes. Les éoliennes, il y en aura partout,
comme des moulins tournants et battant la cadence du monde, de la petite éolienne au fond du jardin,
jusqu’à l’aérogénérateur géant dont les pâles dépasseront
50 mètres, il y en aura partout. Partout là où le vent
sera fort et régulier. Les éoliennes, comme le solaire,
sont des énergies intermittentes. Le vent ne souffle pas tout le temps,
le soleil ne brille pas tout le temps. Il faut pouvoir stocker leur énergie. Pour l’instant, on ne sait pas bien
faire encore ce stockage-là. Donc on utilise des systèmes D :
il y a la méthanisation mais il y a d’autres procédés
comme les systèmes STEP, les Système de Transfert
d’Énergie par Pompage. C’est très simple, et ça marche,
vous prenez de l’eau en aval, et vous créez
un bassin artificiel en amont. En période de fort vent,
vous utilisez les surplus d’énergie pour pomper l’eau aval jusqu’en amont, et en période de forte demande,
quand il n’y a plus de vent, vous relâchez cette eau qui à travers
des turbines hydrauliques classiques, va pouvoir compenser. Après, on a tout un tas d’énergies, comme l’hydroélectricité qui est déjà
fort développée, la géothermie également, et puis il y a un tas d’énergies
plus expérimentales, comme l’énergie de la houle, de la marée,
ou les hydroliennes immergées. Mais dans le futur,
elles seront exploitées a minima. Donc en fait vous le voyez,
les énergies renouvelables offrent des tas de possibilités. Dans le futur, elles seront déployées
au maximum, partout, en fonction de leurs spécificités. Mais les énergies renouvelables
ne répondent pas à cette question : « Si nos besoins énergétiques
augmentent sans cesse, suffiront-elles à compenser la
mise à l’écart des énergies fossiles ? » Si on veut bannir ces énergies polluantes
de notre mix énergétique futur, il faut deux choses : se concentrer
sur les économies d’énergie, et sur la non-consommation. Efficacité, sobriété, ça c’est les
deux clés de la transition énergétique. Au niveau de l’efficacité énergétique, les gains d’efficacité, on peut
en faire dans tous les secteurs, industrie, sidérurgie, agriculture,
transport, électroménager, façon de travailler, habitat, on peut en faire dans tous les secteurs. Au niveau de l’habitat,
c’est un bon exemple. Vous connaissez tous
les bâtiments à basse consommation. Les bâtiments à basse consommation
c’est très simple, ils utilisent ce qu’on appelle
des conceptions bio-climatiques, vous construisez votre bâtiment en
fonction de l’orientation de la lumière, ou vous favorisez l’isolation maximale,
des façades, des murs, du sol, du plafond. C’est très simple, et avec ces bâtiments,
vous réalisez 80% d’économies d’énergie, ce n’est pas rien. 80% d’énergie par rapport
aux bâtiments réglementaires normaux. Il y a d’autres choses,
les bâtiments à énergie positive, ça, ce sont de véritables
petits bijoux de technologie, et comme leur nom l’indique,
ils produisent plus d’électricité qu’ils n’en consomment. Après il y a d’autres exemples,
comme les réseaux intelligents : les smart grids. Vous connaissez tous
cette expression, c’est super, ça a des gains d’efficacité énormes. Les smart grids n’existent pas,
ils sont en développement, mais ce sont des réseaux d’électricité qui
grâce à l’utilisation intelligente des nouvelles technologies informatiques, vont pouvoir gérer en direct,
de manière équilibrée, la production, la distribution,
la consommation. Vous avez des smart grids
à échelle locale, vous avez même
des super smart grids, à échelle européenne, par exemple, où vous allez connecter
dans un maillage très fin les énergies hydroélectriques de Norvège,
la biomasse en Allemagne, avec les éoliennes en France,
et les panneaux solaires en Italie. Tout ça connecté pour équilibrer
les mix énergétiques. Mais les gains d’efficacité en fait
ne mènent nulle part tout seuls. Je prends un exemple :
un jour je me souviens, un membre de ma famille
était venu me voir, en me disant : « J’ai acheté une nouvelle voiture. » Vous savez ces nouvelles voitures,
ces voitures hybrides. Et il pensait avoir fait
un pas colossal pour la planète. Non, non. Les énergies aujourd’hui
avec les voitures, oui on fait des gains
de consommation, mais elles sont plus lourdes,
plus puissantes. Si vous les utilisez
plus souvent, en fait vous amputez
tous ces gains. Tout ça pour dire, que l’efficacité
énergétique ne mène nulle part si dans le même temps,
on ne réduit pas notre consommation. Et c’est ça en fait la clé. La clé c’est la sobriété :
éviter de consommer. La meilleure énergie,
c’est celle qu’on ne consomme pas. La meilleure énergie,
c’est celle dont on n’a pas besoin. Ça implique des changements radicaux,
on en a bien conscience. Faut changer toutes vos petites
habitudes de consommation. Mais avec l’éducation, avec les échanges,
il faut convaincre, éduquer, initier tout le monde peut le faire. On peut tous réduire
massivement notre consommation. La ville de demain,
si on imaginait, car les villes
sont en première ligne pour la transition énergétique, le côté délocalisé de la transition
est très important. Si on imaginait la ville de demain,
ça dépend où on se situe dans le monde, mais nous on est en Europe, donc on imagine une ville
classique européenne moyenne. Demain en 2030-2050,
tous les centres urbains seront piétons. On va favoriser
les transports en communs, le vélo. Au niveau de vos
déplacements logement-travail, il n’y aura plus à faire tout ça, grâce aux nouvelles technologies
de la communication on pourra favoriser le co-working,
on pourra travailler depuis chez soi, et utiliser tous ces outils
pour rester efficace. Il y aura autour des villes
des ceintures agricoles, de consommation locale. On aura également tous
des vélos, on consommera local. Ces réductions, on peut tous les faire. Et il y a un exemple qui illustre
très bien ça, c’est la ville de Totnes. C’est assez connu,
c’est dans le sud de l’Angleterre, vous connaissez tous. Peut-être que les fans de musique
connaissent puisque Metronomy vient de Totnes, mais à part leur rock-électro et les pubs, Totnes est la pionnière du mouvement
des villes en transition. Un exemple qui a fait beaucoup d’enfants, puisque maintenant vous avez
des centaines de localités dans le monde qui ont adopté des plans de transition. Vous avez Portland, Vancouver,
Malmö, Copenhague, en France il y a Nantes, même en France,
on fait la transition énergétique à l’échelle des villes. Au niveau du Nord-Pas-de-Calais,
je sais pas si vous savez le Nord-Pas-de-Calais
met en place un grand plan pluriannuel de transition. Et même la Chine,
c’est quand même pour dire, même la Chine met en place des plans
de villes à basse consommation de carbone. Des initiatives, il y en a partout. Voyagez, allez à la rencontre des acteurs, vous ressortirez
avec mille possibilités inspirantes. Si je devais résumer ce soir, si on devait conclure,
je dirais que le 20ème siècle, son modèle et son opulence
sont à l’agonie. Il faut se révolter contre ce
vieux modèle, pour en créer un autre. Le changement sera radical
pour notre génération. Mais moi personnellement,
je suis très excité par l’idée de vivre
ces changements, et d’en être les acteurs. Il y a des centaines de pionniers
qui ont tracé les lignes, qui ont déjà fait un travail énorme
de prospective, maintenant, action. Mobilisons notre intelligence
personnelle et collective. Mobilisons notre énergie,
notre vision, notre savoir-faire. Dans tous les secteurs, à tous les postes,
on peut faire cette transition-là. Et peut-être que
comme disait tout à l’heure le premier intervenant, peut-être qu’on redonnerait du sens
au mot « progrès ». Si on arrivait effectivement à
construire une transition, avec toujours
ce catastrophisme éclairé, et plein de créativité,
qui nous permettrait au 21ème siècle de pouvoir faire survivre
plus de 6 milliards d’êtres humains. Et c’est ça, le challenge
de notre génération : arriver à bâtir cette transition, mettre en œuvre, ensemble,
le futur qui s’amorce. Merci.

Danny Hutson

2 thoughts on “La transition énergétique: challenge de notre génération: Edouard Raffin at TEDxEMLYON

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